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Gestion des forêts françaises face au changement climatique et aux nouveaux usages du bois

Gestion des forêts françaises face au changement climatique et aux nouveaux usages du bois

Gestion des forêts françaises face au changement climatique et aux nouveaux usages du bois

Pourquoi la forêt française est à un tournant

Si vous travaillez dans la construction bois ou que vous êtes simplement propriétaire forestier, vous le sentez déjà : la forêt française est en train de changer vite, très vite. Et ce n’est pas qu’une histoire d’écologie ou de “verdissement” des discours. C’est une question très concrète de :

La France est un des pays les plus boisés d’Europe (environ 31 % du territoire). Nos forêts ont beaucoup poussé depuis 50 ans, mais elles ne sont pas “préparées” pour le climat qui arrive, ni pour la pression nouvelle sur la ressource. Résultat : dépérissements, baisses de croissance, chablis, tensions sur certains sciages, et à l’inverse des parcelles entières qui ne trouvent pas de débouchés rentables.

L’enjeu, maintenant, c’est de passer d’une gestion forestière “à l’ancienne” (souvent très peu active, surtout en propriété privée morcelée) à une gestion beaucoup plus stratégique : penser les essences, les rotations, les débouchés, la résilience… en même temps.

Changement climatique : ce qui se passe vraiment dans nos parcelles

Le changement climatique, en forêt, ce n’est pas un concept abstrait. C’est visible sur le terrain en quelques points clés.

1. Sécheresses répétées et stress hydrique

Les successions d’étés secs et chauds entraînent :

Dans la pratique, ça donne des peuplements “qui stagnent”, qui dépérissent à partir de 40–50 ans, alors qu’ils étaient prévus pour être exploités correctement à 60–80 ans.

2. Ravageurs et pathogènes en embuscade

Sur les chantiers et dans les ventes de bois, on le voit déjà :

Un épicéa stressé par la sécheresse devient une cible parfaite pour les scolytes : en peu de mois, une parcelle qui valait 60–80 €/m³ en bois d’œuvre peut tomber en bois de trituration ou énergie à 15–25 €/m³, quand il n’est pas carrément bon à laisser au sol.

3. Incendies : plus seulement un problème méditerranéen

Les surfaces brûlées explosent hors du Sud traditionnel : Landes, Centre, Ouest, vallées préalpines… Avec des peuplements très homogènes (pin maritime, Douglas monospécifique, jeunes plantations serrées), le feu se propage très vite, surtout en cas d’entretien insuffisant des sous-bois.

Conséquence directe : certains assureurs commencent à ajuster leurs conditions, et les documents de gestion forestière (PSG, CBPS) intègrent de plus en plus la dimension risque feu.

Adapter les essences : diversification, migration, mélanges

Face à ce climat qui bouge, la question-clé, c’est : quels arbres planter ou favoriser maintenant pour qu’ils tiennent 2050–2100 ?

Diversifier au lieu de “monocultiver”

Les peuplements monospécifiques, très réguliers, ont eu la cote pendant des décennies pour leur simplicité de gestion. Aujourd’hui, ils deviennent risqués :

La tendance actuelle va vers :

Essences plus adaptées au climat futur

Sans basculer dans l’exotisme, plusieurs pistes sont déjà testées sur le terrain :

On parle de “migration assistée” : on fait venir plus tôt des essences qui, naturellement, auraient mis des décennies à remonter.

Garder les débouchés en tête

Planter une essence plus résistante, c’est bien. Mais si, derrière, aucun scieur ne sait la travailler ou qu’elle n’a pas de marché clair en bois d’œuvre, vous prenez un risque économique.

À ce jour, en vue de la construction et de l’aménagement, il reste pertinent de miser (avec discernement) sur :

L’astuce, pour un propriétaire forestier ou une collectivité : discuter avec les scieries, coopératives et industriels du bois du secteur AVANT de replanter massivement. Adapter la forêt aux débouchés réels, pas à un catalogue théorique.

Gérer autrement : sylviculture dynamique plutôt que “laisser-faire”

On entend souvent : “il suffit de laisser faire la nature, la forêt s’adaptera seule”. C’est partiellement vrai en zone de montagne peu exploitée, ou dans des réserves. Mais pour alimenter des filières bois d’œuvre et biosourcés, cette approche montre vite ses limites.

Éclaircies raisonnées et intervention précoce

Un peuplement trop dense :

Des éclaircies régulières permettent de :

Typiquement, sur un cycle de production de 45–60 ans en résineux de production, on vise 3 à 4 éclaircies, avec des passages tous les 7–10 ans environ. Chaque passage permet d’adapter la densité et d’évaluer l’état sanitaire.

Allonger ou raccourcir les révolutions ?

Historiquement, on cherchait souvent à allonger les révolutions pour produire du gros bois d’œuvre. Avec le climat actuel, la stratégie évolue :

Le but : sécuriser la valeur sur pied avant que le changement climatique ne “gâche” le stock de bois d’œuvre.

Adapter la gestion au risque incendie

Dans les zones sensibles, la sylviculture doit intégrer :

Ce type d’adaptation ne coûte pas forcément beaucoup plus cher, mais demande de la planification dès la plantation et le premier plan de gestion.

Nouvel essor du bois : construction, énergie, chimie verte

Sur le marché, la ressource “forêt” est de plus en plus sollicitée, avec trois grandes familles d’usages qui ne jouent pas du tout dans la même cour.

1. Le bois d’œuvre pour la construction

C’est la brique la plus intéressante d’un point de vue climat :

Ossature bois, CLT, lamellé-collé : tout ce qui structure un bâtiment en bois s’appuie sur des sciages de bonne qualité. D’où la nécessité de forêts gérées pour produire des fûts droits, sans trop de nœuds, et avec peu de défauts.

2. Le bois énergie

Granulés, plaquettes, bûches… Le bois énergie a explosé, surtout avec la volatilité du gaz et de l’électricité. Le risque, c’est de “brûler tout ce qui passe”, y compris ce qui pourrait être valorisé en bois d’œuvre ou en panneaux.

Dans une logique de gestion durable, le bois énergie devrait :

Brûler un tronc parfaitement exploitable en charpente juste parce qu’il y a une chaufferie à 5 km, c’est un non-sens économique et climatique.

3. Les nouveaux matériaux biosourcés et la chimie verte

On voit émerger des usages plus techniques :

Ces industries demandent souvent :

Là encore, la forêt doit être pensée comme une “usine à biomasse” polyvalente, mais avec une hiérarchie d’usages : d’abord bois d’œuvre, ensuite bois d’industrie, enfin bois énergie.

Articuler demande croissante et gestion durable

Avec la RE2020, les aides aux rénovations, la pression pour décarboner le bâtiment, la demande en bois va continuer à grimper. La tentation sera forte de “couper plus, plus vite”. Pour éviter de griller la ressource, quelques principes de bon sens s’imposent.

Hiérarchie des usages

À biodiversité et sol égaux, il est plus pertinent :

Un m³ de bois utilisé en poutre lamellée stocke bien plus longtemps du carbone qu’un m³ brûlé en chaudière, pour un bénéfice climatique nettement supérieur.

Intégrer biodiversité et sols dans l’équation

Une forêt sur-exploitée perd vite :

Concrètement, une gestion durable implique :

Anticiper sur 30–50 ans, pas sur 5

La forêt, ce n’est pas un portefeuille boursier que l’on ajuste tous les mois. Une mauvaise coupe aujourd’hui peut pénaliser la parcelle pendant plusieurs décennies. Les plans simples de gestion (PSG), les chartes forestières de territoire, les documents d’aménagement ONF ne sont pas là pour faire joli : ils permettent de lisser les récoltes, diversifier les risques et planifier les investissements (reboisement, desserte, etc.).

Que peuvent faire propriétaires, pros du bâtiment et collectivités ?

La gestion des forêts françaises face au climat ne concerne pas que les forestiers. Toute la chaîne bois a un rôle.

Pour les propriétaires forestiers (petits et grands)

Pour les professionnels du bâtiment et maîtres d’ouvrage

Pour les collectivités et territoires

La forêt française a les moyens de rester une ressource stratégique pour le bâtiment, l’énergie et les matériaux biosourcés, tout en jouant son rôle d’écosystème vivant. Mais ça ne se fera pas tout seul. Les choix de gestion, d’essences et de débouchés qui se prennent maintenant se verront sur les chantiers dans 20, 30 ou 50 ans. Autant les prendre de manière éclairée.

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